CORPUSCULE DANSE

FRANCE GEOFFROY

Pionnière de la danse intégrée au Québec, France Geoffroy danse en fauteuil roulant depuis plus de 20 ans. Également enseignante, mentore, conférencière et organisatrice d’évènements, elle milite ardemment pour l’épanouissement artistique des personnes handicapées.

Les débuts
Tout commence en 1994, lorsqu’elle rencontre la spécialiste du mouvement et artiste de cirque Valérie Dean. Devenue tétraplégique trois ans plus tôt à la suite d’un accident, France Geoffroy se réconcilie alors avec son corps et renoue avec le rêve de devenir danseuse professionnelle. En plus de s’initier à l’improvisation danse contact auprès de Valérie Dean, elle se forme à la technique Bartenieff et décroche un diplôme d’études collégiales en art, volet danse. Nous sommes en 1997 et le monde du spectacle s’ouvre à elle. Dès lors, elle va collaborer avec différents artistes d’ici et d’ailleurs.

L’année 1998 est riche en rebondissements. Après une  première expérience de la scène dans une œuvre de Jean-François Déziel, le chorégraphe Philippe Vita l’invite à danser dans une vidéo-danse réalisée par Denis Poulin. Au cours du tournage, elle se lie d’amitié avec la répétitrice Sophie Michaud qui s’impose d’emblée comme la conseillère artistique idéale. Présente tout au long de son parcours, elle va l’accompagner dans l’exploration de ses capacités physiques et l’approfondissement de son rôle d’interprète. Cette année-là, France s’envole pour Londres pour le premier des trois stages qu’elle effectuera au sein de la compagnie de danse intégrée de renommée internationale CandoCo. C’est là qu’elle fait la connaissance de Kuldip Singh-Barmi, danseur et chorégraphe qui devient un véritable mentor pour l’artiste émergente de la danse intégrée. Ensemble, ils créent le spectacle Etcetera qu’ils présentent à Montréal en 2000.

Nouveau siècle, nouveaux défis
C’est aussi en l’an 2000 que France Geoffroy fonde avec les danseurs Isaac Savoie et Martine Lusignan, Corpuscule Danse, la toute première compagnie de danse intégrée au Québec. Alors que la compagnie cumule diverses expériences tant du côté de l’enseignement que du côté de la performance, France Geoffroy est invitée à participer à différents projets artistiques. Parmi ceux-ci, deux documentaires à propos de son parcours en tant que danseuse tétraplégiques : Passage de Daniel Shanon et La croisée des chemins de Mark Chatel. De son côté, l’artiste visuelle Véro Boncompagni réalise Chrysalide, un court-métrage qui relate de manière poétique le combat intérieur de la danseuse après son accident. Par ailleurs, En 2004, elle participe en tant qu’interprète au mémoire-création de Talia Leos à l’Université du Québec à Montréal.

En marge de la danse
Dans le cadre de ses activités militantes, France Geoffroy a siégé de 2002 à 2008 au conseil d’administration de Visions sur l’art. Directrice du volet Arts de la scène, elle permettait à des artistes ayant différentes limitations de monter sur scène. Elle est également impliquée à la Table de concertation chapeautée par Kéroul dont les organismes participants oeuvrent en culture auprès des personnes ayant une limitation fonctionnelle. En tant que porte-parole de la Fondation Lucie-Bruneau, France Geoffroy prône l’importance de la réadaptation physique et sociale des personnes accidentées ou atteintes de maladie dégénérative. Pleinement engagée, elle est la preuve d’un possible  accomplissement et d’une intégration harmonieuse à la vie active.

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Corpuscule : le mandat

Corpuscule Danse, première compagnie professionnelle de danse intégrée au Québec, est née de la passion sans limite que France Geoffroy voue depuis plus d’une dizaine d’années à la danse contemporaine, un art qu’elle explore en tant que danseuse tétraplégique. Le mandat de Corpuscule Danse s’articule autour de la création-production et de l’enseignement, en plus d’inclure un intérêt marqué pour l’intégration des personnes handicapées dans la société, via deux volets distincts qui s’alimentent de part et d’autre: Enseignement et Performance.

HISTORIQUE

C’est au cours des trois stages qu’elle effectue à Londres au sein  de la compagnie de renommée internationale CandoCo, que l’idée déjà présente chez France Geoffroy de fonder sa propre compagnie se consolide et s’impose. Le projet est clair ; partager son expertise et développer au Québec, une infrastructure permettant la réalisation d’oeuvres chorégraphiques et l’enseignement de la danse intégrée.

À l’automne 2000, Corpuscule voit officiellement le jour alors que France Geoffroy accueille le chorégraphe britannique Kuldip Singh-Barmi et qu’une première création  Etcetera est présentée sur la scène professionnelle Montréalaise. Peu de temps après, Isaac Savoie et Martine Lusignan, deux artistes de la danse détenant un bagage riche et complémentaire, se joignent à Corpuscule en tant que membres co-fondateurs. Durant trois années, le trio s’applique à définir, à démystifier et à faire connaître le langage artistique et éducatif de la danse intégrée. Ils présentent de courtes pièces, créations de leur cru, principalement dans le milieu corporatif et dans le cadre de festivals et d’évènements tels que La journée internationale de la danse. Puis dans une perspective de dépassement et d’innovation, les trois complices choisissent d’inviter différents chorégraphes à venir créer à la compagnie. En 2004, ils font appel aux services de la chorégraphe et metteur en scène Johanne Madore. Cette collaboration artistique voit naître deux créations : Brasier,un spectacle work in progress présenté dans le cadre du Festival international Very Special Art  à Washinton D.C., et Le Baiser,une œuvre encensée par la critique lors de sa présentation à L’Espace Libre en 2006. En 2005, on découvre l’univers de la chorégraphe britannique Jemima Hoadley, avec le quatuor All in an instant dans la série Corps Atypique de  l’Espace Tangente. Puis, c’est avec le chorégraphe John Ottmann que Corpuscule Danse s’associe. Confort à retardement, la création de ce dernier, est présentée à Montréal dans le cadre des Out Games ainsi qu’au 7ième Congrès de réadaptation en 2006.

En 2007, désormais seule à la barre de Corpuscule Danse, France Geoffroy trouve un nouveau partenaire en la personne de Tom Casey. Ensemble ils performent pour  la reprise de Confort à retardement au festival Fringe ainsi qu’à l’Espace Tangente à l’hiver 2007. Pour sa saison 2008-2009, Corpuscule Danse accueille la chorégraphe et femme de théâtre Estelle Clareton qui signera un nouveau quatuor que le public montréalais pourra apprécier à la fin de l’année 2009.

En moins de dix ans, via une présence soutenue  dans le milieu corporatif, Corpuscule Danse a contribué au rayonnement de la danse intégrée. De même, la compagnie s’est taillée une place appréciable dans le paysage de la danse contemporaine au Québec en ouvrant une voie unique pour la recherche en création et l’étude du mouvement.

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VOLET ENSEIGNEMENT

Alors que le volet chorégraphique de Corpuscule Danse prend sa place dans le paysage culturel et artistique professionnel, le volet éducatif de la compagnie s’inscrit davantage dans le milieu communautaire et des loisirs. Dans l’intention de faire découvrir la danse intégrée, Corpuscule Danse offre donc des sessions et des stages auxquels chaque individu peut prendre part, ceci sans égard à son âge, son statut, son expérience de la danse, sa morphologie et sa mobilité. Ici, la danse intégrée se veut une expérience profondément humaine qui favorise la libération du mouvement et l’élargissement des possibilités d’expression de chaque individu. Grâce à la multiplicité des échanges entre enseignants et participants, petit groupe constitué d’individus avec et sans handicap, chacun voit sa relation à son propre corps et au corps de l’autre évoluer.

Dans un environnement adapté, les sessions prennent la forme d’ateliers structurés où l’interaction physique et l’expression théâtrale sont explorées à travers différents exercices inspirés des techniques d’improvisation et de danse contact. Au début de chaque rencontre, une période d’échauffement vise l’éveil du corps et de l’esprit. Cette mise en disponibilité permet ensuite l’exploration de son vocabulaire gestuel et la connaissance des différentes mobilités en présence. Peu à peu, le participant s’initie au travail avec partenaire dans une approche fondée sur l’écoute et la qualité du  touché. Dans ce contexte, le fauteuil roulant constitue un espace riche de possibilités pour l’expérimentation et l’assimilation des techniques de manipulation, de support et de déplacement dans l’espace. Le processus conduit ensuite au développement de la danse, de ses qualités et des composantes de temps, d’espace et d’énergie qui l’enrichissent. Afin de favoriser les apprentissages, les enseignants invitent les participants à investir deux champs de recherche, soit celui de l’improvisation dirigée ou libre et celui de la création chorégraphique. Dans les deux cas, chacun est encouragé à repousser les limites de son expressivité dans le respect de ses capacités physiques. Une telle approche mène à la création de courtes pièces : solo, duo, trio et quatuor, œuvres éphémères permettant tant l’apprivoisement des fonctions d’interprète et de chorégraphe que l’appréciation du travail effectué par les participants au cours de l’atelier.

En établissant des contacts privilégiés qui transcendent les inconforts liés à la différence, la pratique de la danse intégrée favorise l’épanouissement de la sensibilité, la confiance en soi et en l’autre ainsi que la découverte d’un langage communicatif et inventif.

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VOLET PERFORMANCE

C’est à travers son volet Performance que Corpuscule Danse diffuse ses œuvres chorégraphiques. Par le biais de commandes, la compagnie fait appel aux services de chorégraphes issus essentiellement du milieu de la danse professionnelle contemporaine qui viennent créer en présence d’interprètes avec et sans handicap. Comme la plupart des chorégraphes en sont à une première investigation de la danse intégrée, chaque processus s’apparente à un laboratoire où le corps et ses possibilités sont au cœur de la recherche. Le renouvellement de la pensée, des codes gestuels et de l’esthétique confère à chaque projet un caractère unique qui reflète la mise en commun des ressources de la compagnie et du créateur qui y est de passage. Toutes les productions jouissent d’un encadrement de qualité et sont destinées à être présentées en théâtre.  Par ailleurs, en raison de la particularité de son mandat, la compagnie Corpuscule Danse demeure très active dans le milieu corporatif où elle présente, dans le cadre de festivals ou d’évènements spéciaux, de courtes pièces, résultats d’une commande spécifique ou de l’adaptation d’œuvres existantes.

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QU'EST-CE QUE LA DANSE INTÉGRÉE ?

Basée sur une proposition d’ouverture à la dissemblance, la danse intégrée crée un espace de réciprocité pour les personnes à mobilité réduite et les personnes sans handicap. Depuis son émergence,  cette approche du mouvement est orientée vers la création et l’exploration d’une esthétique particulière. Dans les années 1980 alors que des artistes handicapés étaient invités ponctuellement à prendre part à des productions en danse, certains d’entre eux ont voulu s’offrir un espace de création qu’ils pourraient investir de manière autonome et continue. Parmi les premières compagnies professionnelles constituées d’artistes avec et sans handicap, deux d’entres elles s’imposent, Axis (États-Unis) et Candoco (Angleterre) qui jouit d’une reconnaissance à l’échelle internationale.

Bien que la danse intégrée favorise souvent des apprentissages moteurs, les intentions sous-tendues à sa pratique diffèrent des objectifs de la danse thérapie qui visent l’amélioration des états physiques et psychiques des individus. En s’appropriant les techniques d’improvisation et de danse contact, la danse intégrée ouvre un vaste champ d’exploration artistique, que ce soit dans le cadre d’ateliers ou au cours d’un processus de création. Sur scène, elle participe du courant actuel de métissage des disciplines corporelles. Pour France Geoffroy, la danse intégrée questionne l’esthétique du corps dansant et propose une image autre que celui de la danseuse au corps vertical et aux jambes bien enracinées dans le sol.  Ainsi, le corps brisé, la mobilité réduite, le fauteuil roulant à la fois objet et sujet, ou encore la prothèse mise à nue, suscitent une réflexion sur la virtuosité et la performance ; l’équilibre précaire, le spasme, la fragilité du geste comme sa cassure dans l’exécution viennent nourrir et transformer le vocabulaire des partenaires de danse avec et sans handicap. Tel que formulé par Estelle Charron, « En incorporant la danse, handicapé comme valide font l’expérience de leur corps et de celui de l’autre ». À travers la multiplicité des échanges qu’elle favorise entre artistes de tous profils, la danse intégrée propose une redéfinition des limites et des possibilités.

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